La vie à Authon entre les deux guerres. Georgette Haguenier

Il y a bien longtemps, je suis née à " La Touche " où j'ai passé ma petite enfance. J'aimais entendre le forgeron qui tapait sur l'enclume. A cette époque, dans toutes les fermes, les travaux étaient faits par les chevaux, il y avait peut-être quelques voitures automobiles mais les déplacements se faisaient aussi avec la carriole, tirée par un cheval.

Notre village était très animé : il y avait deux forgerons, un charron, deux mécaniciens agricoles, un entrepreneur de battage, un bourrelier, un marchand de grains, un marchand de cycles, deux tonneliers, deux menuisiers, un charpentier, une scierie, une briqueterie, trois ou quatre épiceries où l'on trouvait de la mercerie et même du linge. Il y avait la poste (nous l'avons conservée !), un notaire, un docteur, deux boulangers, le meunier, deux bouchers, un charcutier ambulant qui allait dans les fermes tuer le cochon. Il existait aussi quatre ou cinq cafés, buvettes où les artisans, après une longue journée de labeur, allaient de temps en temps trinquer et faire une partie de cartes.

Dans les fermes, à la fin de la moisson, on faisait la grosse gerbe, l'occasion de se réunir et de pousser une chansonnette. Puis c'était la saison des battages : les cultivateurs s'entraidaient et au dernier repas servi, jeunes ou vieux se mettaient à chanter (il avait même été créé une chanson, sur l'air de notre Paris, que l'on fredonnait en rentrant de l'école). Il y avait beaucoup d'associations mais la plus renommée, et qui animait les fêtes, c'était " L'harmonie d'Authon ", le chef de musique formant lui-même les jeunes recrues. A l'hiver, on fêtait la Sainte Cécile, au printemps la mi-carême et il y avait de l'entrain pour organiser : pièces de théâtre, chants, bals, etc...

Et puis 1939 est arrivé, les hommes mobilisés et 1940, l'arrivée des nazis, l'occupation. Les soldats allemands logeaient chez l'habitant. A la Kommandantur, près de la Poste, flottait le drapeau allemand à croix gammée. C'était aussi les restrictions, fini le bon temps où il faisait si bon vivre !