S'il te plaît, redessine-moi un mouton Pascal Mermillod

Biotechnologies, clonage, organismes génétiquement modifiés, autant de mots nouveaux qui fleurissent dans les médias et suscitent de nombreuses craintes, bien souvent par manque d'explications. Il est temps de faire un peu de lumière sur ces nouveaux développements de la biologie qui ouvrent aujourd'hui la voie à des applications que les auteurs de science fiction n'osaient imaginer il y a 20 ans.

Le clonage : comment ça marche ?

Le meilleur cloneur est sans doute le jardinier ! En effet, les techniques de reproduction végétatives, telles que le bouturage ou le marcottage, correspondent à la définition du clonage, c'est à dire produire des individus génétiquement identiques. Chez les mammifères, le clonage a pris naissance dans les années 70-80. La technique consiste à retirer le noyau d'un ovocyte1 pour le remplacer par le noyau d'une autre cellule. Il se forme alors un embryon dont le génome2 est identique à celui de l'organisme qui a donné la cellule utilisée. On savait depuis longtemps qu'une cellule embryonnaire peut être utilisée de la sorte. En effet, elle est peu spécialisée et son noyau est capable de donner naissance à tous les types de cellules. Jusqu'à la naissance de la brebis Dolly, en 1997, on pensait que les cellules spécialisées qui composent notre corps étaient incapables de cette performance. Les scientifiques écossais voulaient confirmer cette hypothèse et c'est en réalisant des expériences dans ce sens, qu'à leur grande surprise, est née Dolly, faisant voler en éclats un des dogmes de la biologie moderne. Une cellule peut donc revenir en arrière dans sa programmation et retracer à nouveau la formidable histoire du développement. En dehors des coups médiatiques, c'est cette découverte scientifique majeure qui souligne tout l'intérêt du clonage.

Le saviez-vous ?

Certains animaux ont naturellement recours au clonage pour amplifier leur descendance. C'est par exemple le cas du tatou, fourmilier sud américain, dont les embryons se dupliquent au début de leur développement.


Le clonage : à quoi ça sert ?

Hormis l'avancée des connaissances en biologie fondamentale, le clonage animal peut avoir plusieurs applications zootechniques. Par cette technique, il est possible, à partir d'une cellule de son corps, de créer une copie génétique d'un animal donné, ceci même après sa mort. On conçoit tout de suite que cela peut avoir un grand intérêt lorsqu'il s'agit par exemple d'un taureau d'élite ou d'un cheval de course.
Les américains l'ont bien compris puisqu'ils ont créé une copie du célèbre taureau " Chance " (l'appelant " Second Chance "). Malheureusement, lorsque " Second Chance " est arrivé sur le marché de l'insémination bovine, il n'était plus d'actualité, dépassé par les progrès génétiques rapides obtenus par la sélection dans la race Holstein. Il faut en effet compter avec le temps de génération, la gestation et la croissance du clone jusqu'à sa puberté. Un autre exemple concerne les espèces menacées de disparition ou même disparues. C'est le cas de la " boucardo ", chèvre des Pyrénées espagnoles dont quelques cellules avaient été prélevées sur le dernier exemplaire.
Les scientifiques français et espagnols collaborent actuellement à la recréation de cette magnifique espèce en utilisant le clonage. Bref, les exemples ne manquent pas où le clonage peut être de quelque utilité pour la conservation ou la diffusion de génétiques particulières. Cependant les choses ne sont jamais simples et la technique est encore trop peu au point pour une utilisation intensive.

Faut-il cloner l'homme ?

Chez l'animal, le clonage reste une technique très expérimentale. Son rendement est très faible et le résultat est hasardeux. On assiste à beaucoup d'anomalies de la gestation, d'avortements, de mortalité périnatale. Certes le clonage représente de nombreux intérêts : pour les scientifiques, c'est une occasion unique de comprendre les mécanismes de la reproduction et de la différenciation3 des cellules. Des succès ont été obtenus dans de nombreuses espèces (brebis, chèvre, vache, porc, lapin, souris) mais pour chaque espèce, la technique demande d'importantes mises au point, nécessitant de nombreux essais, de nombreuses erreurs. Le résultat final est toujours incertain. On imagine mal entreprendre des tâtonnements aussi hasardeux chez l'homme. Et surtout, à quoi cela servirait-il ? On ne peut pas voir sérieusement le clonage comme une des techniques d'assistance à la reproduction (comme la fécondation in vitro par exemple). En effet, le clonage est la négation de la procréation, qui est la base de la reproduction sexuée et le moteur de l'évolution des espèces. Deux individus unissent leurs génomes pour en former un troisième, différent de ses deux parents. Le clonage " reproductif " n'a donc aucun sens biologique chez l'homme.
Certains scientifiques imaginent utiliser le clonage pour créer des cellules embryonnaires qui pourraient servir à réparer les organes d'un individu (clonage thérapeutique). En effet, ces cellules sont peu différenciées et, dans un environnement donné, elles sont capables de se transformer en n'importe quel type cellulaire (cellule de cœur, de foie ou de rétine par exemple).
Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu'une telle méthode nécessitera de disposer de nombreux ovocytes, qui ne peuvent être obtenus que sur des femmes ayant subi un traitement hormonal. Il serait sans doute plus judicieux, comme l'envisagent d'autres scientifiques, de s'intéresser aux cellules souches qui sont présentes dans tous les tissus et organes et qui pourraient être prélevées sur un patient, mises en culture, amplifiées et utilisées pour améliorer l'organe déficient de ce patient. On voit donc que les applications du clonage chez l'homme ne justifient pas les risques éthiques qu'entraînerait la mise en œuvre de cette technologie. Mis à part quelques soi-disant scientifiques sans scrupules, dont les objectifs sont plus médiatiques que scientifiques, et mis à part quelques fanatiques qui pensent à la survie éternelle du guru d'une secte, il n'y a guère de scientifiques qui pensent sérieusement au clonage humain. Dans ce domaine, il faut être très vigilant face aux éventuelles dérives. Il est si facile par exemple d'exploiter la détresse de parents pleurant leur enfant. Beaucoup de situations sont susceptibles de nous faire voir le mirage du clonage comme une solution au malheur de la disparition d'un proche. N'oublions pas que nous ne sommes pas que nos gènes, nous sommes le résultat de leur expression dans un environnement particulier, nous sommes le résultat de notre histoire et de notre passé et ce résultat hautement improbable sera toujours impossible à reproduire dans une éprouvette.

Pascal Mermillod


Clonage par transfert nucléaire. Les opérations sont réalisées grâce à une micropipette reliée à un système démultiplicateur (micromanipulateur). L'ovocyte est maintenu par aspiration grâce à une pipette de diamètre légèrement inférieur au sien. Un ovocyte mûr est énucléé par aspiration du globule polaire et du matériel cytoplasmique sous-jacent. La cellule donneuse est placée dans l'espace péri vitellin, entre la zone pellucide et la membrane de l'ovocyte et un choc électrique provoque la fusion des membranes.


Notes :

1 - Ovocyte : cellule reproductrice femelle. L'ovocyte se développe dans l'ovaire qui en délivre un ou plusieurs (selon les espèces) lors de chaque cycle sexuel de la femelle. L'ovocyte est libéré lors de l'ovulation et capté par l'oviducte où a lieu la fécondation.

2 - Génome : ensemble de séquences d'acide désoxyribonucléique (ADN) portant le code génétique qui détermine les gènes. L'ADN est contenu dans les chromosomes qui sont stockés dans le noyau de chaque cellule. Un gène est un morceau de cette séquence que la cellule utilise comme un patron grâce auquel elle construit une protéine. Les protéines sont les molécules à la base de nombreuses fonctions cellulaires (structure des cellules, croissance, énergie, respiration…). Nous possédons environ 30 000 gènes. Chaque gène peut avoir différentes formes, donnant des protéines légèrement différentes, pouvant être différemment efficace. Chacun de nous possède donc une combinaison unique de ces différentes formes. Nous en avons hérité la moitié de chacun de nos parents.

3 - Différenciation : spécialisation d'une cellule pour exercer une fonction particulière. Par exemple, une cellule de la rétine est capable de recevoir et transmettre les signaux lumineux, mais elle ne sait pas faire grand chose d'autre.