Mares d'Authon, milieux de vie David Greyo



Les mares, parce qu’elles constituent une transition entre les milieux terrestre et aquatique, sont des biotopes très riches pour la faune et la flore. Quelques minutes passées à observer une mare permettront de découvrir un univers surprenant. Parmi les hôtes les plus faciles à observer, figurent les Batraciens, la France métropolitaine en héberge 27 espèces. Nommés également Amphibiens, cette classe comprend l’Ordre des Anoures qui sont dépourvus de queue (les grenouilles et les crapauds) et l’Ordre des Urodèles qui eux possèdent une queue (les tritons et la salamandre).

Sur le territoire d’Authon plusieurs espèces de grenouilles côtoient nos mares, la plus commune étant la Grenouille verte. C’est elle que nous entendons bondir dans l’eau à notre arrivée près de l’eau. L’appellation « Grenouille verte » regroupe en réalité trois espèces mais qui sont très difficiles à différencier (Rana esculenta, Rana lessonae, Rana ridibunda pour leur nom scientifique). On peut également rencontrer la Grenouille agile.
C’est une grenouille terrestre discrète qui ne vient dans les mares que pour sa reproduction. Elle est marron clair avec des tâches plus foncées pour se confondre avec les feuilles mortes des sous bois qu’elle fréquente.  La dernière de nos grenouilles est la plus petite, il s’agit de la Rainette verte. Sa couleur vert-pomme la distingue nettement de ses cousines, son chant également puisqu’il s’agit du plus sonore. Il peut s’entendre à plusieurs centaines de mètres.

Outre les grenouilles, Authon recèle également différents crapauds souvent mal-aimés, à tort puisqu’ils sont inoffensifs. Tout d’abord, le Crapaud commun qui malgré son nom n’est plus si commun. C’est le plus gros de tous, surtout la femelle, sa peau verruqueuse est brune. Il vit la plupart du temps caché et ne sort que la nuit. Leurs migrations peuvent réunir un grand nombre d’individus. L’Alyte accoucheur est quant à lui le plus petit mais également le plus sonore en période de reproduction. Chez les Alytes, les œufs sont transportés par le mâle autour de ses pattes postérieures jusqu’à la mare où aura lieu l’éclosion. Deux autres espèces de crapauds peuvent être présentes sur la commune. Le premier est le Pélodyte ponctué qui ressemble à une grenouille avec son museau arrondi mais il est gris avec quelques petites tâches vert-olive.
Son chant très discret ressemblant au grincement d’une chaussure et ses mœurs nocturnes le rendent difficile à observer. Le deuxième est le Sonneur à ventre jaune qui se reconnaît facilement à son ventre jaune ou orangé qui tranche avec son dos gris-brun. C’est un crapaud très rare et son observation serait une donnée intéressante à signaler.
   

Parmi les batraciens munis d’une queue, les tritons sont sans doute plus méconnus que les grenouilles et les crapauds, ils font toutefois partie des hôtes temporaires de nos mares.  Le Triton palmé et le Triton ponctué sont deux espèces qui se ressemblent, mais le Triton ponctué est le seul à posséder des taches noires sous la gorge. Plus facile à reconnaître, le Triton alpestre arbore un ventre orange vif et une coloration bleue sur le dos et les flancs. Les tritons ont la particularité de modifier leur apparence lors de la période de reproduction. Les mâles acquièrent alors une crête dorsale plus ou moins développée suivant l’espèce. Le Triton crêté et le Triton marbré possèdent les plus grandes crêtes. Le premier est brun avec le ventre orangé et la livrée nuptiale du mâle se compose d’une large crête dentée. Le triton marbré est vert avec une ligne dorsale rouge et le mâle porte une crête noire et blanche en période de reproduction.

  
  

Enfin, le dernier amphibien à utiliser nos mares est la Salamandre tachetée rapidement identifiée par sa coloration noire et ses tâches jaunes.

La plupart des espèces présentées ici ont une activité nocturne. La saison la plus favorable pour les observer est à la sortie de l’hiver lors des migrations vers leur site de reproduction (mares, étangs, fossés, ornières forestières…). La période de reproduction qui débute en même temps que les migrations est également la période à laquelle les mâles vont chanter pour attirer les femelles. Les chants sont tous différents suivant les espèces, certains à peine audibles alors que d’autres peuvent porter à plusieurs centaines de mètres. Pour amplifier leur chant, les mâles ont parfois des sacs vocaux qui se gonflent et se dégonflent servant de caisse de résonance. Les femelles (sauf pour l’alyte) pondent leurs œufs dans l’eau : des paquets pour les grenouilles, des cordons pour les crapauds et des œufs isolés pour les tritons. La forme des pontes ainsi que leur disposition sont différentes selon les espèces et constituent un moyen de détermination. Quelques semaines après les pontes, des myriades de têtards vont s’agiter dans les mares mais seuls quelques rares individus parviendront à l’âge adulte. Le cycle de développement des têtards s’achèvera dans l’été pour toutes les espèces hormis les têtards d’alyte qui passeront une année complète sous ce stade avant de se métamorphoser, devenant ainsi les plus gros têtards des mares. Dès le mois d’octobre, les premiers froids vont inciter les batraciens à regagner leurs sites d’hivernage. Certains s’enfoncent dans la terre ou la vase, d’autres s’abritent sous une souche ou du bois mort et quelques uns profitent d’une galerie de rongeur ou du confort d’une cave. Quelle que soit leur cachette, ils n’en sortiront qu’avec les pluies de printemps (dès le mois de février pour certaines espèces).

Pour finir, il faut savoir que toutes les espèces de Batraciens sont en régression et sont menacées au niveau national et européen. Les menaces qui pèsent sur ces derniers sont nombreuses (pollution, comblement des points d’eau, écrasements…) et c’est pourquoi tous les Batraciens sont protégés par la Loi : leur capture, leur détention (même morts) et leur destruction sont interdits et passibles de peines d’amendes. Il est donc important de maintenir leurs milieux de vie et prioritairement les zones humides (mares, étangs, marais, prairies humides…).

Pour ceux que l’envie de découvrir ces animaux intéresse, leur observation ne doit pas les mettre en danger. Certaines espèces se cachent sous des pierres, il faut faire attention de ne pas les écraser en accédant à la mare. Avant de les capturer, il faut se mouiller les mains pour ne pas dessécher leur peau, et une fois observés, les individus prélevés seront remis dans leur milieu naturel.


David GREYO

Illustrations : RAPIN Danièle in W. MATTHEY, E. DELLA SANTA, C. WANNENMACHER, Manuel pratique d’écologie – Ed. Payot Lausanne


   Lire le texte de Véronique PHILIPPOT : Mares d'Authon, mares d'antan ?