Petite histoire du Fresne Paul de Brantes

Carte ancienne
A l'origine, le Fresne était une petite maison seigneuriale nichée au milieu des bois, dans un endroit proche de la maison forestière du Luisant. Tout comme la paroisse d'Authon, sur laquelle il était situé, le Plessis-Godehoust (car tel était son nom au XIII° siècle ) dépendait des comtes de Vendôme. Puis la maison sortit des bois en s'éloignant de quelques 500 mètres vers l'Ouest et prit définitivement le nom de " Fresne " en s'ancrant sur l'emplacement où elle est encore aujourd'hui.

Si vous étiez venu le visiter en 1550 vous auriez contemplé  un manoir à la mode de Touraine semblable à celui de la Possonière à Couture, la maison natale du poète vendômois Ronsard. Au milieu de sa façade percée de fenêtres à meneaux une tourelle contenait un escalier à vis.

Le Fresne vu du ciel
Son accès était défendu par un gentil châtelet au toit pointu et un pont-levis qui devait être plus souvent baissé que relevé. Séparée de la maison principale, une cuisine – sage précaution contre l’incendie -, une chapelle, un pigeonnier et d’autres bâtiments de service assez modestes. Il servait de maison des champs au gouverneur de la Touraine , un dénommé Paul Chabot.

A la suite de successions, le Fresne se trouve en 1700 dans les mains d’un grand seigneur du temps du règne du roi Louis XIV : Urbain de Caumartin. Celui-ci dépense à la cour tant d’argent en somptuosités qu’il doit mettre le Fresne en vente. Son acheteuse est une veuve, Madame Legrand de Marisy. Elle achète la propriété pour son fils François, né posthume (c’est-à-dire né après le décès de son père). Ce fils fait carrière de Grand Maître des Eaux et Forêts de Bourgogne. C’est dans cette province que se dessine, de plus d’une manière, l’avenir du Fresne, car tout va changer.

Etre Grand Maître des Eaux et Forêts en ces temps correspondrait de nos jours à peu près à diriger la DDA et la DDE, c’est-à-dire que ce service octroie les permis de construire. Surtout pour les bâtiments officiels de la Province. A ce titre le Grand Maître est assisté  de tout un bureau d’études. Dans ce bureau, Marisy distingue un jeune homme, architecte de son métier, du nom d’Anatole Amoudru, et lui parle de son manoir situé là-bas dans le Vendômois.

« Je trouve cette maison bien incommode  et de plus je la juge passablement croulante » lui explique-t-il. «  Ne pourrais-tu pas me dresser les plans d’une plus belle demeure ? Mais pas de folie, n’est-ce pas ! »

Amoudru vient sur place, prend ses relevés et avance ses propositions, que Marisy accepte rapidement. Elles prévoient la démolition du manoir et de son châtelet, le maintien des bâtiments de service encore en bon état, notamment une vaste grange édifiée en 1650 et la conservation des perspectives. Notamment celle qui pénètre dans les bois et l’allée qui relie le Bourg au Fresne, ainsi que celle dite de Clairmarchais. Il prolonge l’axe ancien vers Monthodon et il en crée un autre en direction du Nord en l’ornant à son départ d’un long miroir d’eau.

Sous la neige
Amoudru implante le nouveau château de son patron à leur point d’intersection. Le premier coup de pioche aura lieu en 1765. D’un style classique et sobre, dit « Louis XVI », le bâtiment principal ne comportera pas d’ailes et ne sera pas trop grand si l’on le compare à ceux qui sont alors édifiés autour de Paris. Il se rattrapera avec la construction de deux  grands pavillons identiques «  en miroir » afin d’orner sa cour principale. L’un d’entre eux sera la chapelle et l’autre logera le régisseur et par derrière la buanderie. En outre, deux pavillons cubiques, bien plus petits, fermeront cette cour. Dans un coin bien ensoleillé se dressera une orangerie afin de mettre des orangers à l’abri pendant l’hiver. Le tout d’architecture résolument dépouillée. La pierre employée sera le tuffeau blanc que l’on extrait des carrières de Saint-Arnoult. Pour ce chantier, il fait venir les corps de métier avec lesquels il est habitué à travailler : ainsi ce sont des tailleurs de pierre et des charpentiers - couvreurs Franc-Comtois qui effectueront les travaux.

Puis Amoudru repartira vers sa ville natale de Dôle, appelé par d’autres tâches. Il reste cependant encore bien des aménagements à accomplir pour équiper le vaste domaine rural qui s’étend autour du château. Marisy, propriétaire de l’ensemble, s’y attelle seul. Justement, il vient de prendre sa retraite et de vendre sa charge, ce qui lui procure loisir et capitaux. Il construit alors en retrait des pavillons deux importants bâtiments identiques se faisant face. Ceux-là sont bâtis de pierre dure et d’une solidité à toute épreuve avec leurs murs d’un mètre trente d’épaisseur. Leur but ? servir de greniers à grain. Vers le Sud-Ouest, vers la « basse-cour » il construit aussi des bâtiments de ferme. C’est là où il logera ses chevaux de labour et son cheptel.

Entrée sous la neige
Marisy profite de la mise en vente de l’Etoile en tant que bien national pour l’adjoindre au Fresne. Par ailleurs il passe un très mauvais moment au cours de cette période de bouleversements en se voyant investi par une troupe requise par le Comité de Salut Public. Mais il échappe au pire et s’éteindra dans son lit en 1803. Après sa mort, le domaine est acheté par le général Perron de retour des Indes, où il s’était illustré. Sa descendance, la famille de Brantes l’habite encore.

Au cours des ans, bien que  les nouveaux propriétaires ont apporté quelques modifications au Fresne, tout cet ensemble est encore là, comme Amoudru et ensuite Marisy l’ont conçu. Par exemple, pour compléter l’avant-cour, ils lui ont adjoint deux tours cylindriques au toit en poivrière. Puis, les pavillons ont été aménagés pour l’habitation de façon plus moderne. Le paysagiste Duchêne a re-dessiné les jardins vers 1900 dans un mode très classique et, ce faisant, a transféré le jardin potager vers l’extérieur du carré des bâtiments. Un esprit de renouveau souffle : ce sont des années heureuses. De nombreux citoyens d’Authon viennent chaque jour contribuer à la bonne marche du Fresne.

Mais l’horizon s’assombrit en 1939. Au cours de l’Occupation, le Fresne accueille un grand nombre de réfugiés bretons expulsés de chez eux par la construction du Mur de l’Atlantique. Moins bienvenues sont les visites à répétition de la sinistre Gestapo, avec des arrestations à la clef. Si les personnes sont molestées, Authon  se trouvant éloigné des champs de bataille, le Fresne échappe aux destructions de la Guerre.

Lorsque les années paisibles reprennent leur cours, la chapelle du Fresne voit alors se célébrer le mariage de la jeune fille de la maison, Anne-Aymone avec Valéry Giscard d’Estaing. Ils  passeront sept ans à l'Elysée, de 1974 à 1981.

De Juin à Septembre le potager de Duchêne remis au goût du jour en 1999 par le paysagiste Pierre Joyau est ouvert à la visite, comme d’ailleurs le reste des jardins et tous les habitants d’Authon y sont bienvenus. Et si vous désirez en savoir plus long sur le Fresne et sur ceux qui y ont habité, vous pourrez vous procurer dans la pièce d'accueil le livre que j’ai intitulé  « Si le Fresne m’était conté ».

Paul de Brantes
Pièce d'eau
|