La Poste, histoire d’une fermeture… Pascal Mermillod

La Poste il y a quelques années

La Poste aujourd'hui, volets fermés

Dans un souci global de rentabilité, au détriment du service public qui a été le moteur historique de cette entreprise, La Poste a décidé de restreindre sa présence territoriale à l’échelle nationale. Cette politique se traduit par la fermeture de 6 000 bureaux dans l’hexagone (plus de 50%, essentiellement en zone rurale) et la diminution du service dans de nombreux bureaux restants. Il ne nous appartient pas de juger ce choix politique, reflet du contexte ultralibéral mondial, seul l’avenir permettra de mesurer le «succès» de cette stratégie.

A l’échelle locale, cette politique s’est traduite par la volonté de fermeture du bureau de poste d’Authon, annoncée depuis juin 2004. Nous avions alors alerté la population de cette éventualité (bulletin municipal, cérémonie des vœux,…). Nous avions négocié avec La Poste une période d’essai afin de prouver la rentabilité d’un bureau dont l’activité avait été étouffée par un receveur peu dynamique pendant plusieurs années. Nous avons bien entendu appelé la population à augmenter l’utilisation du bureau d’Authon afin d’en assurer la pérennité. Des élus ont également participé à différentes manifestations de protestation contre la fermeture des bureaux de poste du département. Une pétition a été proposée à la population et transmise à la direction départementale de La Poste.

Aux normes de La Poste, cet essai ne fit que conforter l’idée première : le bureau d’Authon n’est pas «rentable». Il faut dire que peu d’efforts furent faits par l’entreprise pour en dynamiser l’activité et en fidéliser la clientèle. Un déficit chronique de personnel, engendré par la politique économique «agressive» de l’entreprise, a rendu difficile le maintien des horaires pourtant sérieusement amaigris lors de cet essai. Il était évident qu’avec des horaires moindres et des services réduits, il était difficile d’améliorer l’attractivité du bureau.

La Poste est donc restée sur son idée première de fermeture et il faut bien avouer que nous avons jamais vraiment cru qu’elle changerait d’idée et remettrait en question cette stratégie dictée par les orientations nationales. Toutefois, dans une volonté affichée de «préserver le service public», La Poste propose des «solutions de remplacement» pour maintenir sa présence (certains pourraient penser que pour préserver le service public il aurait été préférable de maintenir le bureau, quitte à écorner peut-être un bénéfice florissant, mais c’est une autre histoire !). Quelles sont ces solutions ? Soit l’ouverture d’une «Agence postale communale», soit la création d’un «Relais Poste Commerçant». Quels sont les avantages et les inconvénients de ces deux possibilités qui ne sont bien sûr que des pis allers en comparaison du service offert par le bureau tel qu’il existait ?

L’Agence Postale Communale : Il s’agit d’une agence dans un local communal et tenue par un  employé communal. La commune reçoit une subvention mensuelle de La Poste de 900 € pour aider à faire face aux frais de locaux et de personnel pris en charge par la commune. Cette agence a des possibilités limitées en termes de services mais elle assure les principales opérations bancaires et postales. Les horaires d’ouverture sont décidés par la commune qui est l’employeur de l’agent postal (la subvention étant fixe, quels que soient les horaires choisis). Dans cette configuration, c’est la collectivité qui s’offre son propre service public, avec une aide modeste de La Poste, qui continue par ailleurs à faire des bénéfices sur les activités. Autrement dit, La Poste déleste des difficultés de gestion d’un bureau et laisse la collectivité faire face aux aléas (assurances, maladie, gestion des congés, par exemple). Nous n’avons pas souhaité entrer dans cette démarche qui de plus risquerait de déboucher sur d’autres « délégations » forcées du service (électricité, téléphonie, par exemple). Une collectivité n’a pas à exercer une activité commerciale au service d’une grande entreprise qui génère des bénéfices (789 millions d’euros en 2006 ! C’est que ça rapporte de fermer des bureaux et de compresser le personnel).

Le relais Poste Commerçant : Il s’agit d’un point poste de proximité, maintenu par un commerçant du village. L’offre de service est limitée aux opérations les plus courantes (postales et bancaires). Le commerçant perçoit une indemnité fixe et un intéressement aux ventes de timbres et prêt à poster. Les horaires d’ouverture sont ceux du commerçant. Cette solution nous a paru plus adaptée, l’activité commerciale restant gérée par un commerçant. A l’époque (2005) nous avons demandé aux commerçants d’Authon s’ils seraient intéressés par cette activité supplémentaire (Auberge et boulangerie). Les deux exploitants ont alors refusé. Une conseillère municipale, Mme Valérie Dubois, a proposé d’ouvrir un salon de coiffure au village et d’exercer du même coup l’activité postale. Cette solution nous a paru intéressante car elle permettait de créer une nouvelle activité à Authon tout en maintenant un service postal. Dans un premier temps, l’utilisation du local de La Poste a été envisagée, mais au vu de l’ampleur des travaux à réaliser, il a paru préférable de trouver une autre solution. Le chiffre d’affaire de l’activité boucherie exercée jusqu’alors une matinée par semaine par M. Doiseau ayant chuté, l’exploitant a souhaité cesser cette activité. Le Conseil Municipal a donc décidé de louer l’ancienne boucherie à Mme Dubois pour lui permettre d’y implanter son projet. Elle a réalisé elle-même et à ses frais les travaux de rénovation et d’aménagement intérieur, la commune ayant elle repeint la façade. Le salon de coiffure "Clin d'oeil" est donc maintenant ouvert et accueille le relais poste.

Voilà la triste histoire du bureau de poste d’Authon. Bien entendu, La Poste ne parle pas de fermeture, mais de « transformation ». Ne soyons pas dupes, au nom du profit, le service public est en perte de vitesse. Aujourd’hui La Poste et demain ? L’électricité, le gaz, l’enseignement, de nombreux services que nous avons toujours considérés comme dus sont aujourd’hui gravement menacés.